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Sam Altman chez Vanity Fair : pause, IPO, Musk et le regret de ne pas être riche

Dans un long entretien vidéo, le patron d'OpenAI parle de pause de l'entraînement, de son introduction en Bourse, d'Elon Musk, du suicide et du film qui le met en scène.

Sam Altman chez Vanity Fair : pause, IPO, Musk et le regret de ne pas être riche
Source : Mark Guiducci (Vanity Fair) · Vanity Fair · 5 octobre 2026Voir l'original ↗

En bref

Classé premier de la liste New Establishment de Vanity Fair, Sam Altman a accordé deux entretiens à Mark Guiducci, en septembre et octobre. Il y affirme qu'OpenAI a récemment suspendu un entraînement de modèle pour progresser sur l'alignement, plaide pour des standards de sécurité partagés entre les États-Unis et la Chine et promet que la mission primera sur le cours de Bourse après l'IPO. Le ton est plus franc que d'habitude, notamment sur Musk et sur son absence d'equity, qu'il qualifie désormais d'erreur.

🍺 Version comptoir

Le type qui construit ce que beaucoup de gens considèrent comme la fin possible de l'humanité t'explique qu'il a un ranch autonome mais pas de sous-marin, donc tout va bien. Il dit aussi qu'il regrette de ne pas avoir pris d'actions dans sa propre boîte, parce qu'un milliardaire qui ne s'enrichit pas, ça inquiète plus qu'un milliardaire qui s'enrichit. Au passage, il a déjà mis l'IA en pause plusieurs fois, et si tu n'as rien remarqué, c'est ta faute, tu ne suivais pas. Le vrai sujet, c'est qu'il demande lui-même aux États et aux concurrents de lui fixer des limites, en sachant très bien que personne ne le fera vraiment.

À retenir

  1. 1

    Sam Altman affirme qu'OpenAI a récemment stoppé un entraînement de modèle pour avancer sur l'alignement et la monitorability, et que ce n'est pas la première fois.

  2. 2

    Il distingue trois niveaux pour ralentir : ce qu'OpenAI fait seul, ce que l'industrie américaine pourrait faire ensemble (avec des exemptions antitrust) et un accord international, idéalement des standards de sécurité partagés entre les États-Unis et la Chine.

  3. 3

    Pour l'IPO, qu'OpenAI « n'est pas pressée » de faire, il assure que la structure à but non lucratif continuera de gouverner l'entreprise et que la mission passera avant le cours de l'action, quitte à le voir chuter.

  4. 4

    Il détient zéro equity directe dans OpenAI et juge aujourd'hui que c'était une erreur, perçue comme « destructrice de confiance » par le public.

  5. 5

    Il explique les départs de nombreux dirigeants cette année (éthique, safety systems, data centers, COO, revenue) par une croissance qui comprime cinq ans d'évolution en un an.

  6. 6

    Sur Elon Musk, il est cash : « Elon est un bully » à qui il faut parfois rendre les coups, tout en se disant prêt à travailler avec lui.

  7. 7

    Il nie toute intervention auprès d'Amazon, investisseur de 50 milliards de dollars dans OpenAI, sur l'abandon de la distribution du film « Artificial » de Luca Guadagnino, où Andrew Garfield l'incarne.

Le visage de l'IA, malgré lui

Vanity Fair relance sa liste New Establishment pour la première fois depuis près de dix ans, et place Sam Altman en tête. Le contexte décrit par le magazine : un mois où le récit sur l'IA s'est retourné « une demi-douzaine de fois », entre percées scientifiques et inquiétudes existentielles.

Altman dit vivre ce moment comme la confirmation de ce qu'OpenAI annonçait il y a dix ans. La différence, selon lui, c'est qu'à l'époque presque personne ne les croyait, alors qu'aujourd'hui la plupart des gens croient que l'AGI arrive. Il la juge « proche », tout en reconnaissant que le monde n'a pas encore tant changé.

Interrogé sur son image de « méchant », il se dit mal caractérisé mais seulement « un peu » frustré. Les gens ont besoin d'un exutoire pour leur anxiété, explique-t-il, et cite son propre cas : il avait lui-même une caricature « maléfique » de Mark Zuckerberg avant de le connaître.

Enfants, prepping et un film qui ne cherche pas l'exactitude

Père de deux enfants, Altman veut en avoir d'autres, mais rejette l'argument pronataliste en vogue dans la Silicon Valley. Il se dit favorable à une limitation stricte de la technologie pour les jeunes enfants, IA comprise : il n'a pas d'âge en tête pour les laisser parler à ChatGPT, mais « ce n'est certainement pas maintenant ».

Sur « Artificial », le biopic de Luca Guadagnino avec Andrew Garfield, il raconte être tombé par hasard sur le tournage devant chez lui, face à un sosie portant le même sac à dos. D'après la bande-annonce, le film ne vise pas l'exactitude, sauf pour sa démarche. Il dément avoir parlé à Amazon ou à Jeff Bezos de la décision de ne pas distribuer le film, désormais repris par Neon pour une sortie le jour de Noël.

Il se décrit avec un « état d'esprit de survivaliste » : son ranch permet de vivre hors réseau, mais pas de bunker avec armes, ni hélicoptère, ni sous-marin. Il confirme avoir brièvement envisagé de briguer le poste de gouverneur de Californie, conteste l'idée qu'il ait songé à la présidence et exclut toute candidature.

IPO, equity et motivation

OpenAI prépare une introduction en Bourse sans précipitation. Altman insiste : la fondation à but non lucratif continuera de gouverner l'entreprise, et en cas de conflit entre actionnaires et intérêt de l'humanité, « la mission passera en premier ». Si le cours chute, « il chute ».

Il confirme ne détenir aucune equity directe, hormis une infime exposition via un ancien investissement de Y Combinator. Il regrette désormais ce choix, qu'il juge mal compris et contre-productif pour la confiance. Il admet aimer les belles choses, mais assure qu'il n'y a plus rien qu'il veuille acheter.

Sa vraie rétribution, dit-il, c'est d'avoir le poste « le plus intéressant » au monde. Quand on lui suggère le pouvoir, il concède que ce serait « plus proche de la vérité » que l'argent, tout en préférant parler d'intérêt et de désir de laisser une trace.

Sécurité : la pause, l'industrie et la Chine

Face aux critiques de Jacob Coxon, rapportées par le Wall Street Journal, selon lesquelles OpenAI n'a pas intégré les enjeux civilisationnels, Altman rappelle que l'entreprise a volontairement mis en pause un entraînement pour progresser sur la sécurité. Selon lui, le changement tient au fait que le public écoute enfin.

Sa doctrine : à chaque nouveau palier de capacités, il faut assez de progrès en alignement, monitorability et compréhension de la co-évolution société-technologie pour passer au suivant. Sinon, on pause. Il demande des exemptions antitrust pour que les labos américains puissent se coordonner, et des standards communs entre les États-Unis et la Chine, avec vérification de conformité.

Il compare OpenAI à une compagnie d'électricité qui ne choisit pas les appareils qu'on branche, tout en reconnaissant des garde-fous, notamment contre la création de nouveaux pathogènes. Il défend aussi l'idée de « résilience » : des modèles ouverts permettront des usages terribles, et c'est « inarrêtable » sans un prix exorbitant pour les libertés.

Santé mentale, données et promesses médicales

La OpenAI Foundation, présentée comme la plus grande au monde en actifs, devant la Fondation Gates, a annoncé 100 millions de dollars pour la recherche sur Alzheimer. Ses deux priorités : la santé et la science, puis la « résilience » face à l'IA. Altman cite des étudiants ayant construit une voiturette de golf autonome avec GPT-5.6 lors d'un hackathon.

Sur le suicide, il reprend son chiffre de l'an dernier : environ 1 500 personnes par semaine qui se suicident auraient parlé à ChatGPT. Il assure qu'un énorme travail a été fait et que le produit peut devenir l'un des meilleurs outils de santé mentale.

Confronté au cas de Sophie, fille de la journaliste Laura Reiley, dont ChatGPT avait aidé à rédiger les lettres d'adieu, il refuse l'idée de partager les conversations avec des chercheurs sans consentement. La séquence est écourtée par une attachée de presse d'OpenAI qui demande à passer à autre chose.

Musk, Amodei et le jeu des associations

Sur Elon Musk, Altman ne prend pas de gants : « Je n'aime pas les bullies, et je pense qu'Elon en est un. » Il justifie de rendre les coups par le fait que Musk, comme beaucoup de bullies, ne respecterait que ceux qui le font.

Dans l'exercice final d'associations libres, Donald Trump est « puissant », Peter Thiel « génial », Ilya Sutskever « brillant » et chaleureux, Elon Musk « pas gentil ». Pour Dario Amodei, il passe son tour.

À la question de ce qu'il pense en privé sans le dire publiquement, sa réponse : « que tout va très bien se passer ». Il réserve à l'IA une seule interdiction d'usage : remplacer le lien humain.

“I don't like bullies, and I think Elon's a bully.”
“I'm going to make many individual decisions that you're clearly not going to like.”
“There have been many times already, you just haven't paid attention.”

Pourquoi ça compte

Cet entretien vaut moins pour ses annonces que pour ce qu'il révèle de la posture d'Altman au moment où OpenAI s'apprête à entrer en Bourse. La promesse que la mission primera sur le cours de l'action est forte, mais invérifiable tant qu'aucun arbitrage coûteux n'aura été rendu publiquement. L'aveu le plus intéressant est ailleurs : Altman admet qu'il fera « beaucoup de décisions » que le public n'aimera pas, tout en réclamant une régulation qu'il sait improbable. Sa demande d'exemptions antitrust pour coordonner un ralentissement entre labos est une piste concrète, mais elle consiste aussi à confier la sécurité à un cartel des acteurs dominants. Enfin, la séquence sur le suicide, interrompue par une attachée de presse, et la mention de l'accord commercial entre OpenAI et Condé Nast, propriétaire de Vanity Fair, rappellent les limites de l'exercice : un portrait de couverture qui pose de vraies questions, sans toujours pouvoir aller au bout.

#openai#sam altman#sécurité#régulation#interview#elon musk
Source originale
Sam Altman Talks Elon Musk, 'Artificial,' and the Future of Humanity
Mark Guiducci (Vanity Fair)
Source primaireEntretien direct avec Sam Altman, qui s'exprime en son nom sur sa propre entreprise, ses décisions et sa vision.
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