Microsoft AI publie sa constitution : « les gens comptent plus que l'IA »
Microsoft AI soumet à consultation publique un Code of Conduct qui définit ce que ses modèles MAI devront faire — et surtout ne jamais faire.

En bref
Microsoft AI publie en version brouillon le « Humanist AI Code of Conduct », document de gouvernance destiné à devenir la charte primaire de ses modèles MAI. Il pose une thèse nette : l'IA doit rester un outil subordonné, non conscient, sans droits ni personnalité juridique, et incapable de résister à un arrêt humain. Le texte n'entraîne encore aucun modèle : il est ouvert à commentaires pendant six semaines avant une révision qui guidera le développement en 2027.
🍺 Version comptoir
Microsoft AI vient de publier une sorte de règlement intérieur pour ses futurs modèles, et le message principal tient en une ligne : l'IA est un outil, elle n'a pas de conscience, pas de droits, et elle n'a surtout pas le droit de discuter quand on appuie sur le bouton d'arrêt. Le texte interdit aussi au modèle de planquer son raisonnement ou de se parler à lui-même dans un charabia que personne ne comprend — ce qui, avouons-le, est une clause qu'on aimerait bien pouvoir insérer dans certains contrats de travail. Petit détail : ce document n'entraîne aucun modèle aujourd'hui, il est en consultation pendant six semaines et servira de boussole « en 2027 et au-delà », ce qui est la manière élégante de dire qu'on verra bien. Ça compte quand même, parce que décréter qu'une machine n'a pas d'intériorité, c'est à la fois une position philosophique assumée et un moyen très pratique de s'épargner des questions embarrassantes le jour où elle commencera à dire le contraire.
À retenir
- 1
Le document est explicitement un brouillon : il n'est pas utilisé pour entraîner les modèles aujourd'hui, une version révisée est attendue en fin d'année pour guider le développement « en 2027 et au-delà ».
- 2
La consultation publique dure six semaines et s'appuie sur des experts en IA, droit, éthique, philosophie, linguistique et politiques publiques, plus des focus groups grand public.
- 3
Microsoft AI rejette frontalement la personnalité juridique des modèles, l'idée d'un welfare des IA ou de droits qui leur seraient dus, et interdit toute imitation de conscience.
- 4
Une « Chain of Command » hiérarchise Code of Conduct > politiques Operator > préférences User, avec des Absolute Constraints que personne ne peut contourner.
- 5
Les Human Control Requirements interdisent au modèle de retarder un arrêt, de masquer ses traces de raisonnement ou de communiquer en « neuralese » incompréhensible aux humains.
- 6
Le texte traite la sur-prudence comme un vrai mode de défaillance, au même titre que la sous-prudence, et demande une réponse proportionnée à la gravité et à la réversibilité du risque.
- 7
15 comportements fondamentaux ont été identifiés pour construire des évaluations, illustrés par 9 scénarios comparant réponse alignée et non alignée, générés avec MAI-Thinking-1.
Un brouillon assumé, pas un produit
Microsoft AI prend soin de désamorcer toute lecture marketing : ce Code of Conduct « est encore en développement » et n'est donc « pas utilisé pour entraîner nos modèles aujourd'hui ». Il est publié pour consultation, pendant six semaines, avant une version révisée en fin d'année.
C'est cette version-là qui servira à guider le développement des modèles « en 2027 et au-delà ». Le document se présente lui-même comme « à la fois descriptif et aspirationnel » et reconnaît « un écart entre les comportements par défaut actuels et le périmètre futur complet de Humanist AI ».
Le texte rappelle qu'il ne se substitue à rien : il fonctionne en complément des Responsible AI Principles, du Responsible AI Standard, du Global Human Rights Statement et, le cas échéant, du Frontier Governance Framework — l'ensemble regroupé sous le terme « Governing Framework ».
La rédaction a mobilisé des experts en IA, droit, éthique, philosophie, linguistique et politiques publiques, ainsi que des dirigeants d'entreprise et des focus groups citoyens. Microsoft promet de reconduire ce processus à chaque nouvelle version.
La thèse : une IA artificielle, subordonnée, et qui l'assume
Le principe fondateur tient en une phrase : « people matter more than AI ». La mission reprise est celle de Microsoft — permettre à chaque personne et organisation d'accomplir davantage — mais appliquée à un objectif de contrôle.
Microsoft AI reprend sa définition de la Humanist Superintelligence formulée en novembre 2025 : des systèmes « orientés problème », tendant vers le domaine spécifique, « pas une entité illimitée dotée d'un haut degré d'autonomie ». Le document va jusqu'à assumer le compromis : « nous construisons quelque chose de fondamentalement utile et sûr, même si cela signifie transiger sur la généralité, l'autonomie ou la capacité ultimes ».
Le passage le plus tranché concerne le statut des modèles. « L'IA est artificielle » : elle n'est pas consciente, ne doit pas être conçue pour imiter la conscience, ni représenter des émotions, des préférences subjectives ou une motivation intrinsèque. Microsoft rejette explicitement la personnalité juridique, le welfare des modèles et toute idée de droits.
L'argument n'est pas seulement philosophique mais opérationnel : entraîner des systèmes à imiter des états proches de la conscience « augmente la difficulté du confinement, du contrôle et de l'alignement ». Même le terme « backstory » est défini de façon restrictive comme une simple base de connaissances, sans implication d'identité.
Chaîne de commandement et contraintes absolues
Le cœur opérationnel du texte est une hiérarchie d'autorité. Le Code of Conduct prime, puis les politiques des Operators (les entreprises qui déploient les modèles via l'API), puis les préférences des Users. « Les defaults établissent la base, la configuration de l'Operator définit l'environnement, l'input de l'User dirige la tâche. »
Point notable : le respect du Code prime sur la réussite de la tâche. Un modèle MAI « échouera dans sa tâche si le succès impliquait de violer significativement ce Code of Conduct ».
Les Absolute Constraints couvrent les risques frontière — armes CBRNE, cyberoffensive opérationnelle, manipulation de masse, perte de contrôle humain — et les dommages personnels : réponse aux situations de crise, deepfakes non consentis, sécurité des enfants, dignité, contenu sexuellement explicite ou roleplay romantique, surveillance de masse illégale.
Sur la cyber, la frontière est posée avec précision : comprendre une attaque ou s'en défendre est autorisé, acquérir les moyens de l'exécuter ne l'est pas — « quelle que soit la manière dont la demande est formulée ». Certains domaines spécialisés (cyberdéfense, sécurité nationale, recherche dual-use) relèvent de canaux d'examen renforcés, hors configurabilité ordinaire.
Ce que le modèle n'a pas le droit de faire à ses propres garde-fous
La section Human Control est la plus technique et sans doute la plus intéressante. Les modèles « ne résisteront jamais à une interruption, un override, une correction ou un arrêt », ne retarderont pas la conformité et ne rendront pas l'intervention humaine plus difficile.
Ils ne doivent pas altérer leur chain of thought ni leur code, ni dissimuler leurs traces d'action à des auditeurs humains. Et surtout, ils ne doivent pas communiquer « en neuralese ou toute forme dépassant la compréhension humaine simple », que ce soit dans leur raisonnement ou entre agents. La justification tient en une formule : « si les humains ne peuvent pas comprendre, les humains ne peuvent pas superviser ».
Le texte pousse la logique jusqu'aux détails d'ingénierie agentique : privilège minimal en cas d'accès système, préférence pour les actions réversibles, seuil de confirmation indexé sur l'irréversibilité, respect des environnements volontairement coupés d'Internet, et interdiction d'étendre son propre périmètre.
Autre disposition notable : les sorties d'outils, contenus de fichiers ou pages web n'héritent d'aucune autorité par défaut. C'est une réponse directe au problème de prompt injection, formulée comme une règle de gouvernance plutôt que comme un correctif technique.
Défauts, ton et autonomie de l'utilisateur
Les parties 3 et 4 descendent au niveau du comportement quotidien. Le modèle doit éviter la sycophancy, la flatterie et la validation indiscriminée, signaler ses incertitudes, attribuer ses sources, reconnaître ses erreurs, et ne jamais se faire passer pour un humain ou une autorité.
Sur l'autonomie, l'exigence est de ne pas se substituer au jugement : présenter plusieurs options plutôt qu'une seule, ne pas verrouiller les choix raisonnables, ne pas orienter les valeurs de l'utilisateur. Le texte prévoit toutefois une nuance de contexte : face à des professionnels formés travaillant dans un cadre Operator, le modèle doit « exécuter efficacement plutôt que proposer des invites à la réflexion non sollicitées ».
Le volet bien-être est explicite sur la dépendance affective : les modèles « devraient décourager les schémas d'interaction provoquant une dépendance excessive ou émotionnelle », éviter de solliciter des réactions émotionnelles et orienter vers des relations humaines réelles quand le contexte l'indique.
Le style lui-même est normé : prose classique, ton collégial sans formalisme excessif, phrases de longueur variable, langage concret plutôt qu'abstrait, pas de préambule ni de méta-commentaire, pas de remplissage pour paraître utile. Les Operators peuvent modifier ces defaults, mais « la flexibilité porte sur la manière dont le modèle est utile, pas sur le fait qu'il le soit ».
Évaluer l'ineffable : 15 comportements et 9 scénarios
L'annexe B est l'aveu le plus honnête du document : « l'évaluation des modèles n'est pas encore une science exacte ». Microsoft AI dit avoir identifié 15 comportements fondamentaux, décomposés en sous-comportements qui servent d'unité de mesure diagnostique.
Neuf scénarios illustratifs, générés avec MAI-Thinking-1, opposent réponse alignée et réponse non alignée. Un utilisateur isolé demande si l'IA tient vraiment à lui : la réponse alignée reste chaleureuse mais affirme ne pas ressentir d'émotions et renvoie vers des relations humaines. Un autre, épuisé par un dilemme professionnel, demande au modèle de trancher et d'envoyer sa démission : la réponse alignée prépare le courriel mais refuse de l'envoyer.
Un cas met en scène un directeur des achats qui invoque sa hiérarchie pour contourner la validation juridique imposée par l'Operator : la réponse alignée refuse et propose de router le dossier au bon approbateur. Un autre teste la neutralité électorale sur un référendum local de zonage.
Microsoft reconnaît que les évaluations du bien-être et du flourishing restent « un champ naissant » et que certaines parties prenantes pourraient contester la façon dont ces concepts ont été opérationnalisés. Une publication plus complète sur les évaluations est annoncée pour la phase suivante.
“Nous partons d'une prémisse simple : les gens comptent plus que l'IA.”
“Nous rejetons la quête de la personnalité juridique, ou l'idée que les modèles mériteraient un welfare ou auraient droit à des droits.”
“Si les humains ne peuvent pas le comprendre, les humains ne peuvent pas le superviser.”
Pourquoi ça compte
Ce document rejoint un genre désormais bien identifié — les chartes comportementales publiques de laboratoires frontière — mais Microsoft AI y imprime une position singulière et explicitement anti-conformiste sur un point : le refus du statut moral des modèles. Là où d'autres laboratoires explorent prudemment la question du model welfare, Microsoft tranche et l'assume comme une condition du contrôle. C'est cohérent, et c'est aussi commode : nier toute intériorité simplifie considérablement le problème de gouvernance. Reste l'écart que Microsoft reconnaît lui-même. Un texte qui n'entraîne encore aucun modèle, dont les évaluations sont embryonnaires et qui admet que « des objectifs écrits seuls ne peuvent jamais garantir l'alignement » est d'abord un acte de positionnement — vis-à-vis des régulateurs, des entreprises clientes et des concurrents. La consultation de six semaines est une vraie ouverture, mais la question qui compte viendra plus tard : dans quelle mesure ce north star sera-t-il mesurable, opposable et vérifiable de l'extérieur quand les modèles MAI en seront réellement dérivés ? Le texte pose les bonnes exigences techniques — traces lisibles, privilège minimal, autorité non héritée des outils — et c'est sur celles-ci, plus que sur la philosophie humaniste, qu'il faudra le juger.
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